
"Crise du Darfour", réalisée par le Holocaust Memorial Museum (États-Unis) ;
chaque flamme marque l'emplacement d'un village ravagé ou détruit.
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Au cours des quatre dernières années, au Darfour, dans l'ouest du Soudan, 300 000 personnes ont été massacrées et 2 500 000 personnes ont été chassées de chez elles. Plus de 1 600 villages ont été dévastés ou totalement saccagés sur l'ensemble du territoire. Des millions de vies de personnes déplacées restent en suspens, tandis que la violence continue de frapper les villages du Darfour encore intacts et les camps de réfugiés qui s'étendent à travers la région, et jusqu'au Tchad.
Les auteurs de génocides agissent généralement en dissimulant leurs actes par des dénégations et des tromperies. Le gouvernement soudanais maintient que moins de 9 000 civils ont été tués dans la "guerre civile" du Darfour. De telles affirmations sont facilement réfutables à partir du moment où n'importe quel citoyen est en mesure de voir des images satellite haute résolution et d'autres informations probantes qui, jusque-là, n'étaient accessibles que par un nombre restreint de personnes. Aujourd'hui, tout utilisateur de Google Earth peut effectuer un zoom sur le Darfour et voir l'étendue de la dévastation, village après village.
Le Holocaust Memorial Museum est un monument vivant, dédié au souvenir des victimes de l'Holocauste. Pour accomplir sa mission, le Musée lutte notamment contre les menaces de génocide et les crimes contre l'humanité de notre époque.
Lors du lancement de Google Earth en juin 2005, l'Academy for Genocide Prevention du Musée cherchait un moyen pour les spécialistes en politique étrangère de mieux partager les informations relatives aux nouvelles menaces de génocide et d'atrocités de masse. Le Musée se rendit compte du potentiel important offert par Google Earth en termes d'organisation et de présentation d'informations de façon irréfutable et opportune, faisant ainsi office de véhicule efficace pour sensibiliser et éduquer le public sur les génocides et les crimes contre l'humanité.
Le projet fut officiellement lancé lors de la création d'une organisation internationale de bénévoles, le projet BrightEarth , dont l'objectif était de comprendre comment une nouvelle génération d'instruments de cartographie, incluant Google Earth, pouvait renforcer les droits des populations les plus vulnérables. Parmi les participants figuraient les membres du personnel du musée, ainsi que Declan Butler, journaliste scientifique chevronné travaillant pour le magazine Nature, Stefan Geens, responsable du célèbre blog www.ogleearth.com, et les spécialistes en système d'informations géographique Mikel Maron, Timothy Caro-Bruce et Brian Timoney.

Un des villages parmi les plus de 1 600 saccagés ou détruits au Darfour ;
plus de 100 000 foyers ont été détruits.
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Le personnel du Musée et les bénévoles de Bright Earth ont travaillé pendant plus d'un an pour collecter les données relatives, entre autres, à la destruction de villages, à l'emplacement de camps de réfugiés et à l'accès humanitaire, avec pour résultat les premières ébauches de données KML début 2006. C'était la première fois que ces images, données et supports multimédia étaient rassemblés au même endroit.
Cependant, sans images haute résolution, la présentation des données dans Google Earth ne représentait qu'une légère amélioration par rapport aux cartes classiques. Google accepta de donner la priorité à l'acquisition d'images relatives au Darfour. Entre l'automne 2006 et le printemps 2007, l'équipe de Google Earth effectua la mise à jour de vastes territoires du Darfour avec des images haute résolution.
Les images seules n'étaient pas suffisantes pour permettre de localiser les villages attaqués. Et les données seules offraient à l'utilisateur une vision globale des attaques au Darfour, mais pas de notions sur leur impact local sur un village ou un site donné. La combinaison de ces deux types d'informations permettait d'accroître leur portée.
La surabondance d'images de décombres de villages offrait la preuve irréfutable de l'étendue de la destruction et de ses conséquences, illustrées par les centaines de milliers de tentes installées dans les camps de réfugiés dans toute la région. En réunissant les photos et les vidéos géoréférencées provenant du Musée et de photographes internationaux acclamés, ainsi que les témoignages d'Amnesty International, les histoires racontant le sort de ces villages prenaient une dimension plus personnelle et plus touchante.
Le projet Crise du Darfour est la première tentative du Musée visant à humaniser les victimes d'un génocide par le biais de Google Earth. Le Musée se penche désormais sur des méthodes innovantes pour mettre à jour les informations, afin de mieux soutenir les survivants, les travailleurs humanitaires, ainsi que les personnes vivant sous la menace de génocide au Darfour et à travers le monde, et de partager leurs histoires.
Le projet Crise du Darfour fut lancé le 10 avril 2007. Cet événement fut couvert aux quatre coins du globe par plus de 500 médias, en ne comptant que l'anglais, ainsi que dans un grand nombre d'autres langues, allant du hollandais à l'arabe. Des centaines de blogs relayèrent l'information. Aujourd'hui, professeurs, travailleurs humanitaires et militants utilisent Google Earth de façon régulière pour illustrer le génocide. Plus d'un million de personnes ont téléchargé des informations supplémentaires provenant du site Web du Musée, et plus de 100 000 ont visité la page "How Can I Help" (Que faire pour les aider ?) pour savoir comment offrir leur aide.
Deux mois après son lancement, le site Web du Musée continue à recevoir 50 % de consultations en plus par rapport à avant. Le projet a considérablement accru la portée mondiale du site : le pourcentage de visiteurs provenant de pays autres que les États-Unis est passé de 25 % à 46 % au cours de l'année passée. À lui seul, le nombre de visites provenant du Soudan a été multiplié par dix.
Cette réaction montre que les internautes du monde entier ont soif de technologies les reliant de façon plus personnelle et pertinente à ce qui se passe dans le monde. Tout en continuant à effectuer des zooms sur leurs maisons, à trouver des restaurants et à visionner des villes en 3D, les utilisateurs de Google Earth pourront désormais également saisir l'immense potentiel que représente un "globe virtuel", en observant de leurs propres yeux ce qui se passe au Darfour.

Enfants du Darfour
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L'association de Google Earth à de nouvelles approches participatives du Web 2.0, pourrait contribuer à transformer les réponses opérationnelles et les alertes immédiates en offrant aux communautés des moyens collaboratifs et dynamiques de se rassembler, de partager des informations critiques et de permettre aux citoyens de voir le monde sous un jour nouveau.
Grâce à un accès de plus en plus rapide aux images satellite, les citoyens qui utilisent Google Earth à travers le monde ont la possibilité de jouer un rôle dans la surveillance de zones risquant d'être frappées par un génocide, et les organisations peuvent répondre de façon plus efficace. Le développement du recours aux images à distance pourrait contribuer à convaincre les criminels potentiels que leurs actions contre les civils ne passeront plus inaperçues aux yeux de la communauté internationale. Enfin, ces efforts pourraient aussi concourir à la création d'archives publiques crédibles et mondialement accessibles soutenant des mesures de responsabilisation face aux crimes contre l'humanité, aux génocides et à d'autres persécutions.
À présent, plus personne ne pourra dire qu'il ne savait pas. Tel un flambeau protégeant indirectement les victimes, cet outil mettra en lumière un point très sombre de la Terre. Nous assistons au combat entre David et Goliath, et Google Earth vient de donner une pierre à David pour sa fronde.
- John Prendergast, International Crisis Group -- Washington Post, 14 avril 2007